Le washi venu de la neige - 1 - Yukizarashi

Publié par Emilie EVEN le

Papier japonais washi harikopaper.com japon atelier fabrication

Au Japon, pays de montagne, il y a autant de washi que de vallées. Les méthodes de fabrication, de la récolte de la plante au façonnage du papier, chaque artisan a sa façon de faire. Et ce, même si le maître et l'apprenti habite dans la même région. C’est ça qui fait du washi un produit de terroir. Mais un même paramètre contraint toutes les méthodes qui doivent s'y adapter : l’environnement dans lequel se trouve l’atelier. 

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Je fais ce constat chaque fois que je vais visiter un nouvel atelier. Et ce fut encore plus marquant quand je suis allée dans les préfectures de Niigata et Nagano, une région du royaume de la neige ‘Yukiguni’ (雪国). Il y neige entre un mètre (le minimum des années chaudes) et cinq mètres par an, trois en moyenne. Si ces quantités peuvent rendre difficile l'accès aux vallées quand on n’est pas préparé, cela n’empêche nullement la fabrication de washi. Et les artisans de ces régions ont fait de la neige un outil indispensable. 

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Afin de blanchir les fibres de mûrier kōzo qui feront le washi, les artisans les étalent sur une surface immaculée de neige. On appelle cela ‘yukizarashi’ (雪晒し), le blanchiment sur la neige, une méthode similaire au kawazarashi (川晒し), le blanchiment des fibres en rivière. La méthode repose sur le processus chimique suivant : la neige (qui est de l’eau -H2O- cristallisée) en surface fond légèrement au soleil. Grâce à l’action des rayons ultraviolet du soleil, l’oxygène de la neige fondue/eau est transformé en ozone (O3). C’est cet ozone qui va blanchir les fibres de kōzo car l’oxygène est un puissant agent blanchisseur (utilisé par exemple dans l'industrie papetière, les lessives blanchissantes ou le blanchiment des dents).

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Contrairement au kawazarashi qui n’est plus pratiqué car les rivières ne sont plus aussi propres qu’avant, les artisans procèdent encore au yukizarashi, la neige étant toujours là. J’ai voulu aller admirer ce procédé par moi-même mais les artisans m’ont déconseillé de m'aventurer sur les routes enneigées en cette période de l’année. J’ai donc dû attendre la fonte d’une partie des neiges fin mars, sans espoir de voir les éventails de kōzo étalé au soleil. Après un calendrier difficile, j’ai pu trouver du temps pour rencontrer l’artisan Kobayashi de Kadoide Washi et l’artisane Ueno-san (Kamisukiya) qui façonne le Uchiyama Washi.

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Bien sûr, ces deux visites ont un peu plus enrichi mes connaissances du washi. Mais surtout, j’ai rencontré des artisans qui veulent moderniser l’approche du washi et y attirer un peu plus l’attention en dehors du Japon. Donc, tout espoir n’est pas perdu ! Mais cet effort n’est pas donné à tous les ‘washi no shokunin’ (artisans du washi). Il faut plusieurs paires de bras et souvent un peu de jeunesse. Ce voyage (que je raconterai en detail quand j’aurais de nouveau un clavier pratique pour écrire) m’a aussi conduit de nouveau à Nozawa Onsen réputée pour ses sources thermales irriguant la ville, et Gokayama, un des célèbres villages UNESCO aux maisons en toit de chaume et berceau du washi depuis l’installation du clan Taira/Heike (ère Heian 8e-12e).

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2 commentaires


  • Pourra t’on se procurer du yukizarashi sur Hariko Paper ? Merci pour ce passionnant reportage. C’est toujours un grand plaisir de vous lire et d’apprendre un peu plus chaque fois sur le Washi. J’attends la suite avec impatience !

    Marie-Catherine/Bijoux de Papier le

  • Passionnant comme d’habitude :-)

    ABOU-JAOUDE FABIENNE le

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