Un reve au pays du sumi-e (2) Blanc

Publié par Emilie EVEN le

En février, j'ai voyage trois jours dans un monde de noir et de blanc, celui des encres et du papier. Un voyage partagé avec Morgane Boullier, artiste de sumi-e. Après avoir visité Nara, berceau de l'encre noire "sumi" (lire ici Un rêve au pays du sumi-e (1) Noir), nous avons poussé vers Ise pour visiter l'atelier du papier Ise Washi, puis ceux du washi Udagami (un papier pour le montage d'oeuvre sur rouleau kakemono) à Yoshino.

Ise Washi, ivoire naturel et blanc mécanique

Ise Washi Taihou Washi papier japonais japanese paper HarikoPaper

En Janvier, j'ai été contactée par NAKAGITA Yoshiaki, de Taihô Washi qui façonne le Ise Washi, pour une traduction en français du dépliant de l'entreprise. Ise Washi fait partie des noms connus du washi hors Japon car ils élaborent une large gamme de papiers artisanaux et machines pour l'impression jet d'encre. L'échelle de l'entreprise est cependant moindre que le mastodonte Awagami, et cela va avec mon envie de parler des "petits" fabricants (je parlerai plus en détail du Ise Washi dans un autre article). 

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Dans l'après-midi, Nakagita-san nous fait visiter le bâtiment de l'ère Meiji où tout se déroule. Nous cheminons d'abord dans les salles où se fait le washi à la main. Endroit familier avec des bacs blancs de façonnage "sukibune", une presse hydraulique, des piles hollandaises et japonaises "naginata", des fibres de kozo, de mitsumata, de gampi couleur ivoire venues de tout le Japon et d'ailleurs. Le soleil doré de fin d'après-midi inonde les murs blancs des salles que nous traversons. C'est un peu chaotique et mouillé partout, mais je n'ai jamais vu un atelier de washi ordonné et clinique. Ce serait morne, comme le papier blafard du photocopieur. 

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Puis, nous arrivons dans la salle avec l'énorme machine qui produit une partie de la gamme des Ise washi et Nakagita-san nous montre le mécanisme qui s'apparente à la technique artisanale de façonnage du washi. Des dizaines de mètres de washi blanc pour le sanctuaire Ise Jingu sont produits sous nos yeux. Plus loin, dans la “salle de vérification" aux murs albâtre, une dizaine d'employées à l'œil de lynx vérifient la qualité du papier produit, retirant des piles de centaines de feuilles les rares feuillets non-valides. 

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Ise Washi organise régulièrement des expositions d'œuvres photographiques imprimées sur leurs papiers. Nakagita-san nous montre en exclusivité l'expo 水光 (Lumiere de l'eau) qui s'ouvre en Mars: des photo hautes en couleurs sur des formats géants de washi blanchi ou brut. Le rendu est impeccable. J'ai vraiment envie d'essayer ces papiers pour mes propres photos, et Morgane aussi pour imprimer ou peindre ses œuvres. La visite finie, nous passons faire quelques achats à la boutique. La gamme de nuances de blancs des Ise Washi est si large : choisir un kôzo blanchi et texturé ou un mélange ivoire de gampi et bananier basshô ? Nous repartons finalement avec plusieurs échantillons que nous avons hâte d'encrer.

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Atelier Ue Washi, chaleureux et bienveillant

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Le lendemain, après un lever aux aurores pour aller voir les rochers mariés “Meoto Iwa”, nous traversons la préfecture de Mie pour retourner à Yoshino, Nara. Morgane voudrait en savoir plus sur le kakejiku (c.a.d. kakemono), le support de ses œuvres. Le village de Kuzu no Sato à Yoshino est la destination parfaite car c'est là qu'est façonné le Udagami, un des washi essentiel pour le montage d’œuvres en rouleau (le Misu washi, autre washi pour le montage de kakejiku, y est aussi fabriqué).

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Nous visitons d’abord l’atelier de UE Kozou, qui en plus de façonner le Udagami, élabore aussi des washi pour l'esthétique d'intérieurs de maison (ou tout autre usage qui vous inspire !), comme du washi chaleureux avec des fibres de cèdre japonais de Yoshino ou un washi unryu scintillant avec ses paillettes de mica. Ue-san nous fait faire le tour de l’atelier. Sur un établi, du udagami en petit format vient d'être façonné. Ue-san nous explique que le kozo n'était pas assez fin pour en faire du udagami de kakejiku, alors c’est en papier à lettre de style karakami qu’il servira. Dans une autre salle, c’est avec amusement qu’il nous montre une machine à laver qui sert à rincer les lanières de mûrier kôzo en préparation. 

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Ue-san est un artisan toujours souriant, généreux et ouvert; c’est ma 4e visite dans son atelier mais je n’ai jamais pris le temps d’écrire à propos de son travail ou celui de feu-son père. Après le tour, nous discutons dans cette pièce cosy aux murs recouverts de washi, et où s'entassent des milliers de feuilles, issues de commandes ou en attente de propriétaire. Ue-san laisse Morgane faire quelques essais de pinceaux sur des papiers dont le udagami, puis lui offre plusieurs échantillons. 

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Atelier Fukunishi Hompo, l'atelier centenaire

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Après une pause déjeuner, nous montons dans les hauteurs du village pour nous rendre chez Fukunishi-san de l’atelier Fukunishi Honpo. Devant la maison, des feuilles de udagami sèchent au soleil sur des planches de bois. Ces planches de ginkgo servent depuis la fin de la période Edo, soit plus de 200 ans. Elles sont tellement blanchies par la craie contenue dans le udagami que l’on distingue à peine qu’y est apposé du washi. Hatsumi-san, la femme de Funkunishi-san, decolle les feuilles. Elle nous propose de donner un coup de main. Mais le vent fait voler dans tous les sens ces feuilles si precieuses que l’on croit fragiles (alors qu’il n’en est rien).

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Cette fois aussi, nous faisons le tour de l’atelier. Morgane est de nouveau fascinée par la lumière qui filtre à travers les vitres et illumine le sukibune. C’est vrai que ces bacs sont toujours installés sous les fenêtres, probablement pour que l'artisan apprécie l'état des feuilles qu’il façonne. On se rend bien compte de l’ambiance intime qui règne dans l’atelier car Fukunishi-san et sa mère travaillent à nettoyer le kozo sur une table, tandis que Hatsumi-san nous présente son petit-fils, né de leur fille, il y a quelques mois et déjà bien joufflu. Comme une impression de rendre visite à sa famille lors d’un jour de printemps.

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 Hatsumi-san nous installe dans le bureau et nous sert un café. Là encore, des centaines de papiers s’entassent sur des étagères ou dans les placards. Des estampes noir sur blanc, des impressions, des dessins à l’encre sur des washi “kinari” (couleur “telle qu’elle”), des diplômes des artisans de l'atelier sont accrochées sur tous les murs. Nous faisons la conversation pendant que Hatsumi-san prépare des commandes. Avant que nous repartions, elle nous offre des papiers façonnés à l'atelier. Toujours cette générosité non teintée. Cette journée était radieuse.

 

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