A propos du kôzo, mûrier à papier japonais - 1

Publié par Emilie EVEN le

Au travers d'une petite série d'articles courts, je me penche sur le kôzo, le mûrier à papier qui est utilisé dans la fabrication du papier japonais washi. On parle dans cet article de nom. Et un brin de botanique. Je démêle les branches de kôzo qui se sont emmêlées dans ma tête après une balade dans le parc impérial de Kyoto. Mais cela m'a mené à plus de questions que de réponses...

Le washi est fait à partir de mûrier à papier, paper mulberry en anglais, et kôzo en japonais. Le kanji pour kôzo est 楮, l'écriture en katana : コウゾ qui se transcrit en écriture latine 'romanji' (dans le système Hepburn) : kouzo. 

Je me suis promenée dans le parc du palais impérial de Kyoto à la recherche d'un kajinoki (梶の木 - カジノキ). Dans ma tête, c'était le nom un peu moins commun du kôzo. Mais des recherches sur l'origine du nom ("kaji no ki", l'arbre kaji), m'ont fait comprendre que kajinoki et kôzo étaient en fait deux espèces différentes. En effet, le kajinoki, c'est Broussonetia papyrifera (on reconnaîtra le terme qui désigne papier). Et le kôzo, c'est Broussonetia papyrifera x Broussonetia kazinoki.

kajinoki and fruits

Le kôzo est donc une plante hybride de deux espèces du genre mûrier/Broussonetia. D'un côté, le Broussonetia papyrifera (= kajinoki) et de l'autre, le Broussonetia... kazinoki ?! Et kazinoki, c'est bien la même chose que kajinoki (le système de romanji est juste différent). Le nom vernaculaire (usuel) japonais du Broussonetia kazinoki est himekôzo, le kôzo 'princesse'. Et il s'avère que le kajinoki porte aussi le nom de kami no ki, arbre à papier. Ce puzzle a tourné en rond dans ma tête pendant 48h.

Pourquoi une telle confusion ? La faute à un certain nommé Siebold, naturaliste ayant visité le Japon durant Edo (au 19e). Soit il a tout confondu, soit il a été induit en erreur... Il faut dire que les trois espèces ont les même feuilles et les mêmes fruits. Il faut pousser l'observation sur la longueur des pétioles (queue des feuilles), le duvet de feuille, ainsi que d'être en bonne saison pour observer des différences entre ces trois arbres. Mais quand-même, pour un pro de la description d'espèce, ça met mal.

kajinoki leaves

Le nom kajinoki viendrait du nom 加知乃岐 (kachi no ki) à l'époque Heian, issu du chinois. Déjà utilisé par les Chinois comme plante à papier, il est aussi désigné par l'idéogramme chinois 構 qui donnera plus tard le kanji 楮 de kôzo. Il semblerait qu'au début de la fabrication de papier au Japon, on utilisait le himekôzo qui abondait dans la nature. Reste à savoir pourquoi et quand les Japonais ont utilisé du kôzo. Je creuserai dans cette direction pour un article sur la production de kôzo au Japon. 

Pour résumer, le washi est fabriqué à partir de kôzo qui est un hybride entre le kajinoki et le himekôzo. Si le himekôzo n'est plus utilisé pour faire du papier, le kajinoki peut être un substitut au kôzo. Mais il est préférable d'utiliser du "vrai" kôzo, probablement pour la qualité des fibres. Et aussi, il existe une quatrième espèce de "kôzo", le tsurukôzo, Broussonetia kaempferi de son petit nom scientifique. Mais tout comme le himekôzo, peu utilisé dans la fabrication du washi. Donc, je crois qu'on va s'arrêter là.

Nom usuel japonais Nom scientifique
Kajinoki
Broussonetia papyrifera
Cultivé
Himekôzo
Broussonetia kazinoki
Etat sauvage
Kôzo  
Broussonetia papyrifera x Broussonetia kazinoki
Cultivé

 

PS: les fruits de ces arbres sont comestibles et sucrés, paraît-il. Comme des mûres !! Ils apparaissent vers la fin de l'été. J'irai me promener dans les bois pour en ramasser l'année prochaine alors ! 

 

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